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Claudette Cotton, cofondatrice des Paniers marseillais, lors de la distribution de paniers à Marseille.

Creative Commons Licence Chrystèle Bazin

Sur le principe des AMAP, les Paniers marseillais organisent un marché alimentaire sans intermédiaire, défendant une agriculture écologiquement viable, tout en reconnectant les villes avec le monde paysan. Une démarche d’autant plus créatrice de lien social que l’association privilégie la dimension locale, joue la carte de la formation dans les écoles et multiplie les initiatives solidaires vis-à-vis des populations en difficulté de Marseille.

Un circuit court vraiment solidaire avec les agriculteurs

Selon la définition officielle, les circuits courts peuvent inclure un intermédiaire, c’est-à-dire un commerçant comme BioCoop, Bio C Bon, Naturalia, etc., mais pour Monique Diano, cofondatrice et ex-présidente des Paniers marseillais, cette forme d’organisation n’a rien de solidaire, il s’agit de réseaux commerciaux classiques. La Ruche qui dit oui, une plateforme numérique d’auto-organisation de circuits courts alimentaires, ne permet pas non plus, selon elle, de sortir d’un système qui désolidarise les consommateurs des producteurs. A contrario, le système des paniers, en reconnectant les deux mondes, « facilite la réappropriation réciproque du rural et du citadin. Ils se rencontrent et se rendent compte qu’ils sont mutuellement dépendants. C’est une réconciliation absolument nécessaire. »

« Les agriculteurs ne sont pas uniquement là pour cultiver des légumes et les livrer à des consommateurs, les Paniers ont aussi un rôle d’accompagnement et de soutien », ajoute Claudette Coton, une autre fondatrice des Paniers. Créés en 2007 autour de la promotion d’une agriculture biologique et locale, les Paniers marseillais ont concrètement aidé certains maraîchers à se convertir au bio en missionnant un agriculteur conseil ou en finançant des analyses de terre. Ils ont également favorisé la création d’un réseau d’entraide et d’échanges de pratiques entre agriculteurs, a contrario de leur dynamique classique de concurrence et de défiance, qui les isole, voire les dessert. Aujourd’hui, l’association compte 1 500 adhérents, pour 4 500 à 5 000 bénéficiaires.

Une alimentation saine pour tous

« Le bio, ce n’est pas que pour les bobos et les friqués », martèle Monique Diano. Elle s’appuie sur une étude de prix que l’association a menée pendant un an, comparant les Paniers marseillais, un magasin bio et un hypermarché. Les résultats sont surprenants : les Paniers, tout en rémunérant mieux les producteurs, sont globalement moins chers, jusqu’à 20 % de moins que les produits non bio vendus en hypermarché. Ces résultats s’expliquent par deux phénomènes : les Paniers ne sont pas soumis aux variations de prix comme dans le secteur commercial et ils font l’économie des marges des intermédiaires.

Forte de ce constat, l’association approche les populations défavorisées, et s’installe dans des quartiers difficiles comme la Calade au Nord de Marseille ou la Rouguière à l’Est. Elle propose également des tarifs réduits pour les étudiants et noue des partenariats avec des associations d’aide aux personnes en difficulté, comme les restaurants associatifs.

« Cela va bien au-delà du panier bio, cela permet de relier les quartiers entre eux, de lutter contre la marginalisation de certains quartiers et de certaines populations. Tout le monde a le droit de manger bien ! », insiste Monique Diano.

Ce combat dans les quartiers défavorisés se heurte néanmoins à plusieurs problèmes, dont celui de faire accepter un engagement de six mois minimum avec le producteur et le principe de partager la récolte du jour, maigre ou abondante, et donc de ne pas choisir ce que l’on veut manger.

Le virus du bio solidaire

« Les maraîchers qui se sont convertis au bio et qui travaillent avec les Paniers nous affirment qu’ils ne reviendront jamais en arrière », poursuit Monique Diano. Autrefois isolés, voire raillés par les autres agriculteurs, les cultivateurs bio sont aujourd’hui plutôt enviés et même soutenus par certaines banques, ce qui crée de nouvelles vocations et bouge progressivement les lignes d’un système agricole – il faut le reconnaître – encore en majorité productiviste. En effet, en 2014, seulement 4,4 % de la surface agricole française était cultivée selon le mode biologique.

Pour les bénévoles, l’entrée dans les Paniers marque souvent le début d’une prise de conscience, celle de la nécessité d’aller vers une société plus solidaire et de rompre avec des fonctionnements qui séparent le producteur du consommateur.

« La société civile sera le ferment de ce renouveau, c’est pour cela qu’il ne faut absolument pas désarmer et convaincre de plus en plus de gens », explique Monique Diano. Néanmoins, les Paniers marseillais désirent rester à taille humaine, préférant construire en profondeur les bases d’une société plus résiliente avec leurs adhérents et leurs producteurs plutôt que risquer de se disperser. « Mieux vaut développer des petits réseaux interconnectés, avec leurs spécificités, et s’assurer que chaque maraîcher ait un revenu suffisant », assure Monique Diano.

L'association les Paniers marseillais fédère ainsi trente associations – chacune avec sa propre organisation, ses producteurs – qui se chargent de redistribuer au plus près de la population les produits... Les Paniers marseillais interviennent dans des écoles ou via les centres sociaux afin de sensibiliser les plus jeunes. Ils apportent des fruits et des légumes que les enfants rapportent à la maison afin de convaincre les parents, créent des rencontres avec des agriculteurs, réalisent des expériences afin de prendre conscience de la nocivité des pesticides, etc.

Les paniers, un système global ?

Si elles n’ambitionnent pas de généraliser le système des paniers à l’ensemble des Français, les deux militantes espèrent bien contribuer à la construction d’un système alimentaire distribué, plus horizontal : moins d’empilement d’intermédiaires, plus d’interconnexions, plus de lien social. Les Paniers marseillais sont ainsi membres d’Urgenci, un réseau international de tous les systèmes alternatifs d’alimentation qui travaillent à la convergence des initiatives. Ils cherchent aussi à rendre le système plus souple, en organisant, par exemple sur leur site Internet, la revente ou le don de paniers entre adhérents et non-adhérents.

En outre, conclut Monique Diano, « l’agriculture conventionnelle hautement mécanisée est destructrice d’emploi. Un céréalier avec 1 000 hectares n’a besoin que d’une ou deux personnes pour gérer son exploitation. Un agriculteur bio avec seulement 3 ou 5 hectares, génère en plus de sa propre activité entre 5 et 8 emplois directs et indirects. Créons un million de fermes et nous aurons résolu le problème du chômage ». Sans doute la cofondatrice des Paniers marseillais est-elle très optimiste… mais son appel ne vaut-il pas la peine d’être entendu ?

 

Monique Diano (à l’image) et Claudette Cotton, cofondatrices des Paniers marseillais parlent du combat pour le bio, de l’importance sociale de « manger sainement » et de la façon, dans les écoles, dont « les enfants éduquent très bien leurs parents ».
Creative Commons Licence Chrystèle Bazin

 

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