À fleur de peau : un tatouage thérapeutique

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L’un des tatouages thérapeutiques de Flavia Carvalho, tiré de son journal de photos sur Facebook.

All rights reserved. Flavia Carvalho

Des tatouages pour effacer les blessures subies par les femmes, victimes de violences ou atteintes du cancer du sein : c’est ce que propose Flavia Carvalho, une « tatoo artiste » de 32 ans, originaire de Curitiba, au sud du Brésil. Dans son studio, elle transforme gratuitement les cicatrices en œuvres d’art dans un unique but : aider les femmes, essentiellement, à faire en sorte que ce passé douloureux leur pèse moins, pour passer à autre chose et aller de l’avant.

Changer l’image de leur corps meurtri

Dans une interview pour le Huffington Post, l’artiste explique la genèse de son initiative. Tout a commencé il y a trois ans, quand une femme s’est présentée à son studio. La jeune cliente désirait recouvrir une large cicatrice sur l’abdomen. « Elle m’a expliqué qu’elle était dans une discothèque lorsqu’un homme s’est approché d’elle. Il la draguait, mais elle a refusé ses avances. Furieux, l’homme l’a poignardée au ventre », précise Flavia Carvalho. Une fois le tatouage terminé, Flavia fut émerveillée par la réaction de la jeune femme : « Elle était tellement émue, extrêmement touchée. »

Dès lors, l’idée d’offrir un tatouage aux femmes victimes de violences ne l’a plus lâchée. Un simple tatouage devient en effet une arme d’émancipation, un surprenant « booster » de confiance en soi. « C’est tellement merveilleux de voir comment la relation avec leur corps change. Elles osent de nouveau se mettre en valeur, porter de belles robes et reprendre une vie normale comme toutes les autres femmes », s’émerveille Flavia.

À fleur de peau

Avant de passer sous les aiguilles de la machine, les « victimes » se confient et lui expliquent ce qu’elles ont dû traverser. Ensuite, elles choisissent ensemble le motif du tatouage qui mettra un voile sur l’épisode ayant marqué leur corps, de fait si pénible à porter.

C’est en 2013 que le projet a été lancé. Flavia lui donne le nom de « A Pele Da Flor » (à fleur de peau), qui fait référence à une expression portugaise populaire : « A flor da pele » (Plus dure que la peau). Très vite, elle investit les réseaux sociaux pour communiquer sur son projet solidaire et invite les femmes à se présenter à son studio. Le succès est immédiat, auprès des femmes bien sûr, mais aussi des médias brésiliens. Malgré cet engouement, aucun autre tatoueur n’a exprimé l’envie d’imiter Flavia. « À ma connaissance, je suis la seule à le faire », s’étonne la jeune femme.

Plus de deux millions de femmes battues

Les autorités de Curitiba ont également été intéressées par l’initiative de la tatoo artiste. La police collabore maintenant avec Flavia en lui envoyant les victimes de violences domestiques et conjugales. Un partenariat existe également avec l’hôpital Erasto Gaetner, dans le cadre d’un programme aidant les femmes atteintes du cancer du sein ayant subi une mastectomie, c’est-à-dire l’ablation d’un ou des deux seins.

Ce projet a aussi permis d’alerter l’opinion publique brésilienne sur le problème des violences faites aux femmes.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Selon la fondation Kering, une femme est battue et agressée toutes les 15 secondes au Brésil, soit 2,1 millions d’agressions par an (chiffres 2014).
En France, l’Insee avance le nombre de 223 000 femmes âgées de 18 à 75 ans qui subissent ou ont subi des violences physiques et sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire. 134 d’entre elles ont succombé à leurs blessures en 2014.