calmetof_72.jpg

Pas loin de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, la façade du Calme, Centre de libération du mal-être éthylique.

Creative Commons Licence CALME (Centre de libération du mal-être éthylique)

Le Centre de libération du mal-être éthylique de Cabris est le seul établissement français de santé sous statut coopératif. Il propose une thérapie originale contre l’alcoolisme, étendue à toutes les addictions, et prenant chaque patient au-delà de son seul problème spécifique, comme un individu complet et singulier.

L’aventure a débuté en 1981, lorsqu’une partie de l’équipe soignante d’un établissement pour alcooliques décida de tourner le dos aux méthodes en vigueur (enfermement et psychotropes) pour défricher de nouvelles voies thérapeutiques. Ainsi naquit le Calme (Centre de libération du mal-être éthylique), la seule clinique coopérative de France. On y pratique depuis lors une approche transdisciplinaire, polyvalente et collégiale. « Le statut coopératif, explique le directeur, Rémy Baup, permet qu’il n’y ait pas de contradiction entre l’intérêt financier et l’intérêt thérapeutique. L’établissement appartenant à son personnel, cela induit sa responsabilisation et son implication maximale. »

Travail en commun et adhésion collective

Installé non loin de Grasse, dans les Alpes-Maritimes, le centre compte aujourd’hui 34 salariés (dont une trentaine de coopérateurs), entre lesquels la bonne communication est un enjeu essentiel : « Chacun participe à l’équipe avec ses techniques et sa formation particulière, mais aussi en tant que personne. »

Le travail en commun et l’adhésion collective aux décisions sont deux impératifs de l’organisation : une assemblée coopérative semestrielle permet échanges et débats ; la réunion hebdomadaire règle des questions ponctuelles liées aux patients et à l’organisation ; et un point mensuel est fait sur « la santé de l’équipe ». Cette recherche permanente de cohésion n’a qu’un seul but : accueillir les patients dans les meilleures conditions. Et avec ces derniers également, la communication, l’échange et le soutien sont évidemment des outils privilégiés. S’adapter à chaque patient est ici un leitmotiv.

Un « grand nettoyage » en deux temps

À l’origine dédiée au seul alcoolisme, la clinique (qui compte 43 lits dont 2 accessibles à des personnes à mobilité réduite) traite désormais l’ensemble des addictions. Au programme, un mois de « grand nettoyage » en deux temps.

Le sevrage complet pour commencer : « Nous respectons strictement les protocoles des conférences de consensus, précise Rémy Baup, mais à la grande différence de beaucoup d’établissements, nous veillons de manière scrupuleuse à faire un sevrage de tous les produits dont le patient faisait un usage toxicomaniaque. » Dit autrement : on ne soulagera pas ici le manque d’un patient en sevrage d’alcool avec des benzodiazépines ou quelque autre psychotrope.

Une fois le corps « nettoyé » vient le temps des soins, variés : séances de relaxation (meilleure gestion émotionnelle), de psychothérapie (mieux comprendre son parcours, son histoire), d’acupuncture, mais aussi d’information (connaissance des mécanismes de l’alcoolisation, de la dépendance, des risques des autres produits psychoactifs, etc.).

À l’écoute des besoins de chacun en amont et en aval du séjour

Autre particularité : l’investissement du Calme auprès de ses visiteurs dure en réalité bien plus de vingt-neuf jours. Pour preuve : la certification de la Haute Autorité de Santé (HAS) souligne la « disponibilité permanente de l’ensemble de l’équipe à l’écoute et au soutien avant, pendant et après la cure ». L’accompagnement commence donc en amont du séjour, avec une évaluation précise de la situation et des besoins de chaque malade, un travail d’information et de motivation (soutien téléphonique et réponse aux questions pour dissiper les appréhensions), ainsi qu’une réflexion commune avec le médecin prescripteur.

En cas de besoin, le séjour pourra se prolonger de deux semaines. Parfois, c’est le temps du sevrage qui est allongé. D’autres fois, il s’agit de faciliter la sortie, de consolider le travail accompli, d’attendre une date de « postcure »… Après la sortie, le Calme assure un suivi spécialisé qui, dans la plupart des cas, passe par la mise à disposition du maximum d’informations et de contacts possibles pour que la personne puisse poursuivre son combat.

Comme l’explique le directeur du lieu, « on fait très attention lorsqu’un patient est venu chez nous à l’inscrire ensuite dans un parcours de soin, mais qui peut être très différent d’un patient à l’autre. On ne dit pas 29 jours et puis plus rien. On fait en sorte de leur dire qu’il y a des outils qui existent à la sortie et qu’ils peuvent les utiliser. » Le Calme a ainsi constitué depuis sa création un très important réseau décliné sur trois niveaux de proximité, qui regroupe aussi bien des groupes d’entraide (associations d’anciens buveurs) que des professionnels (Centres de cure ambulatoire en alcoologie, hôpitaux, médecins, services sociaux, etc.). Autant de correspondants qui pourront aider les patients dans leurs démarches, les accompagner et les soutenir avant et après leur séjour.

Un succès au-delà des statistiques

Ses innovations thérapeutiques et organisationnelles ont permis au Calme d’obtenir des résultats significatifs dans la rémission des patients, auxquels un questionnaire est envoyé un mois, un an et dix ans après leur cure, pour savoir non seulement où ils en sont de la consommation, mais aussi si leur qualité de vie s’est améliorée. Soulignant la grande difficulté de manier les statistiques en matière d’addiction, Rémy Baup reste modeste : « Nous savons que nous avons à peu près deux tiers de réussite, mais celle-ci tient-elle à la cure elle-même, au fait que la personne a été correctement préparée, ou au fait que le suivi après cure a été bien réalisé ? Il est très difficile de s’arroger un succès. »

Le mois de cure au Calme coûte autour de 4 200 euros, un montant faible par rapport à la concurrence (10 000 euros à l’hôpital de La Rochelle par exemple) et qui est pris en charge à 80 % par la sécurité sociale (une mutuelle couvrant le reste). Fort de son expérience et de ses résultats probants, l’établissement a développé des partenariats avec d’autres centres, publics ou privés, dans une même logique de soin, qu’il s’agisse de développer ensemble un projet thérapeutique ou un nouveau lieu de cure. Le Calme a ainsi accompagné les hôpitaux de La Rochelle et de Sarreguemines dans la mise en place d’un service de traitement des addictions.