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Portrait de Benoît Delol dans les lieux de Mon premier bureau.

All rights reserved. Christopher Mann

« Mon premier bureau » a ouvert en janvier 2016 dans l’enceinte de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul. Soutenu par une quinzaine d’entreprises, la mairie de Paris et l’association Aurore, ce projet accueille des chômeurs en train de créer leur activité, mais dont les ressources sont trop faibles pour leur permettre d’accéder à un bureau dans les espaces de coworking de la capitale. Portraits croisés de cinq résidents coworkers.

Pendant six ans, Benoît Delol est bénévole à l’ADIE, où il s’occupe de l’accompagement de jeunes entrepreneurs. Il constate que les créateurs d’entreprise peinent à trouver des locaux ou des ateliers. Mais il vit cette situation comme un paradoxe, car dans son quartier du XIVe arrondissement de Paris, de nombreux locaux appartenant à la mairie sont laissés vacants. Mieux : au fil du temps, l’idée de donner une dimension encore plus sociale à sa mission germe dans sa tête. Ainsi naît son projet de « coworking solidaire ». Il le défend auprès de nombreux interlocuteurs, mais ne rencontre que des refus… jusqu’à sa rencontre avec les responsables des Grands Voisins. Cette association occupe temporairement un lieu désaffecté, l’Hôpital Saint-Vincent-de-Paul, entre la place Denfert-Rochereau et Port-Royal dans le XIVe arrondissement de la capitale ; elle se donne pour mission de « loger les plus démunis, accueillir des associations et entreprises solidaires, favoriser la présence d'artisans et de créateurs, partager des outils et des espaces de travail, créer un parc public d’un genre nouveau. » Et c’est donc tout naturellement que Mon premier bureau y trouve sa place en 2016…

Fort d’un loyer extrêmement modéré, et de soutiens multiples (une subvention de la mairie de Paris, un don de mobiliers et de matériels par une quinzaine d’entreprises), Mon premier bureau emménage et aménage les bureaux. Il s’agit d’un véritable espace de coworking, autogéré puisque sans salarié. Chaque coworker loue un espace, à temps complet, mais tous ont la liberté de pouvoir le quitter du jour au lendemain.

Contrairement à de nombreux lieux qui se concentrent sur les projets liés au numérique, l’objectif est ici de créer des emplois quel que soit le domaine d’activité, ce qui permet un vrai mélange de générations. Benoît Delol est en charge de choisir les coworkers aidés, en fonction de critéres sociaux, donc essentiellement de niveau de revenus. Avec lui, nous avons rencontré cinq bénéficiaires de ce nouvel espace de coworking solidaire.

Christopher Mann

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Christopher Mann, ici avec une autre « coworkeuse », Kenza Touil.

All rights reserved. Antoine Dougan

 

« Je voulais me poser et avoir l’esprit plus tranquille, j’ai découvert ici que je voulais changer d’activité. »

Sans activité depuis août 2015, sans allocations, Christopher Mann décide de développer sa propre activité. Il commence à travailler chez lui mais n’arrive pas à s’y concentrer suffisamment. Mon premier bureau lui permet d’éviter cet isolement qui le minait et le bloquait ; d’ailleurs, dès son arrivée dans les lieux, son projet évolue. Son idée de départ était de développer deux activités : le conseil aux entreprises dans le domaine de l’informatique et une activité de coach en « identité anglophone ». Mais depuis son arrivée, il envisage de se consacrer aussi, voire exclusivement, à la photographie, une pratique qu’il avait mise de côté. Parmi les nombreux espaces mis à disposition au sein des Grands Voisins, il utilise l’une des pièces pour prendre en photo les coworkers et les personnes qui travaillent à l’organisation du site. Cette activité lui a permis d’entrer en contact avec d’autres photographes, avec lesquels il vient de monter un studio photo : 4e œil.

Le site l’inspire, il y trouve un esprit bienveillant qui l’aide à se ressourcer. Benoît Delol le conseille et aménage des possibilités d’activités avec le site des Grands Voisins. En échange, Christopher Mann a contribué à l’organisation de l’installation informatique des bureaux. Pas de doute, il se sent pleinement intégré, investi dans l’avenir de Mon premier bureau.

Hélène Masson

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Hélène Masson dans son atelier de Mon premier bureau.

All rights reserved. Christopher Mann

 

« Le lieu en lui-même et le fait d’être entourée est source de motivation, c’est un véritable village dans la ville. »

Pour créer ses bandeaux et nœuds papillons en (petite) série, Hélène Masson dispose aujourd’hui d’un atelier qu’elle partage avec une autre créatrice au sein de Mon premier bureau.

Après une expérience professionnelle dans le tourisme et la culture, elle s’est découverte une fibre « créative ». En fin de contrat, elle réfléchit donc à une nouvelle activité ; son intérêt se porte sur les tissus africains et elle se décide dès lors à se former à la couture. Dans un premier temps, elle travaille seule à domicile, mais elle ressent vite le besoin d’être entourée. En cherchant un atelier, elle se confronte aux prix trop élevés pour une chômeuse en fin de droits. Autre problème : les espaces de coworking ne sont pas toujours adaptés à son activité, et les places en atelier pour de l’artisanat sont très difficiles à trouver. Sensible aux lieux alternatifs et solidaires, elle s’intéresse au projet des Grands Voisins et prend connaissance du projet de Mon premier bureau. Le coût réduit lui permet d’envisager sereinement le développement de sa nouvelle activité, cet atelier lui permettant de se professionaliser.

Arnaud Baehr

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Arnaud Baehr devant un mur de l’ancien Hôpital Saint-Vincent-de-Paul.

All rights reserved. Christopher Mann

 

« L’entraide s’est mise rapidement en place, on se fixe des objectifs à long terme, on échange sur les aspects de gestion et de comptabilité liés à notre statut. »

Arnaud Baehr développe des projets d’énergie durable, il s’est spécialisé dans l’installation de centrales solaires et de panneaux photovoltaïques en Afrique de l’Ouest. Après une expérience salariée qui le conduit en Afrique francophone, il se rend compte qu’il a du mal à finaliser les projets sur lesquels il travaille et décide de quitter la multinationale qui l’emploie. Entre-temps le contexte de ce secteur a changé et les emplois se faisant rare, il décide de créer sa propre activité. Il reprend contact avec des anciens collègues qui ont créé leur société fin 2012 (In Sun We Trust) et s’associe à eux pour créer une branche africaine.

Après avoir travaillé sur son projet de création d’entreprise depuis son domicile, le besoin de travailler dans un environnement plus professionnel se fait ressentir. Le coworking semble la solution, mais le fait qu’Arnaud Baehr ne perçoit que le RSA ne lui permet pas de prétendre aux solutions classiques du genre – trop chères au regard de ses revenus très faibles. Il découvre Mon premier bureau dès son ouverture et trouve dans cet espace partagé la solution idoine pour développer son projet, favorisé par la dynamique collective de tous ces coworkers aux profils très différents mais à l’ambition identique: la création d’entreprise.

Jean-Baptiste Phou

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Jean-Baptiste Phou chez les Grands Voisins.

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« Les personnes qui travaillent ici ont des profils très différents qui m’apportent un autre regard. Comme moi, elles sont vraiment investies dans ce qu’elles font et cela me donne beaucoup d’énergie. »

Jean-Baptiste Phou a lancé son activité de formation en janvier, il intervient dans des entreprises, des écoles et des associations. Il n’en est pas à sa première reconversion. Il a déjà travaillé dans une banque d’investissement et a mené une carrière de comédien et d’auteur (théâtre, cinéma) pendant huit ans. En parallèle, il a animé de nombreux ateliers d’écriture et stages d’expression orale… Tant et si bien qu’il a l’idée de se servir de ces deux précédentes expériences (en entreprise et dans le spectacle) afin de se rendre utile en transmettant ses connaissances en la matière.

Il commence à travailler chez lui mais a vite tendance à travailler non-stop et à se disperser. Au RSA depuis janvier, il se heurte au mur que sont les prix des espaces de coworking dans Paris : beaucoup trop élevés. Il trouve au sein de Mon premier bureau l’émulation et l’esprit de solidarité dont il a besoin pour avancer dans ses projets professionnels. Il s’y investit en animant pour les autres coworkers des ateliers d’expression. Mieux, en lien avec l’association Aurore, il va initier des cours de français pour les migrants.

Kenza Touil

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Kenza Touil à son bureau… de Mon premier bureau.

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« Ici tout est mis en œuvre pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions. »

Pour financer ses études de journalisme, Kenza Touil a travaillé en tant qu’hôtesse, devenant assistante dans une grande agence. Mais elle recherche plus de liberté, une autre manière de travailler, et pour y arriver elle décide de monter sa propre agence.

Alors qu’elle construit son projet et tente de minimiser les coûts de sa mise en place, elle découvre Mon premier bureau via une association qui aide les créateurs d’entreprise. Ayant deux enfants en bas âge, il s’avère impossible pour elle de travailler seule à la maison. Le besoin d’un lieu, notamment pour recruter ses futurs partenaires, est évident. Inscrite en tant qu’auto-entrepreneur, elle sollicite les aides de Pôle emploi pour un an, un temps limité qu’elle compte mettre à profit pour séduire ses premiers clients. Le fait d’avoir un bureau à un prix abordable lui permet d’avancer plus vite, et surtout de consacrer tout son temps à son projet. Elle apprécie par ailleurs le soin mis à l’aménagement des bureaux, la logistique mise en place par Benoît Delol (salle de réunion, cuisine, photocopieuse…), et surtout l’entraide qui prend forme entre les coworkers. Bref, une leçon de solidarité !