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Le kiosque de la conciergerie Lulu dans ma rue, métro Saint-Paul dans le quartier du Marais à Paris, pour passer commande ou juste rencontrer ses voisins.

Creative Commons Licence Xavier-Eric Lunion

Cela fait un peu plus d’un an que les habitants du centre de Paris bénéficient d’une conciergerie de quartier. Pour de petits travaux, ils sollicitent l’aide de leurs voisins, appelés « Lulus ». En plus des services rendus, les liens se resserrent dans la population.

Teint pâle, cheveux châtains, visage allongé aux grands yeux bleus : le Lulu, prénommé Jordan, installe une tringle à rideaux chez la dame du deuxième étage, passage Dallery dans le XIe arrondissement. Ce n’est pas la première fois qu’il donne un coup de main, pour trois fois rien. Ce n’est pas le seul dans le quartier... Ça se passe comme ça par ici !

Un vrai service d’entraide entre voisins

Ici, c’est au cœur de Paris. Depuis avril 2015, l’association Lulu dans ma rue a mis en place un service de conciergerie digne de celles que l’on trouve dans les grands hôtels de la planète. Un peu de repassage, un grand coup de ménage, des petits travaux de plomberie ou un besoin de bras supplémentaires pour un déménagement ? Les habitants (Ier, IIe et IIIe et XIe arrondissements parisiens) peuvent « presque » tout demander à leurs Lulus.

« Ils répondent à une vraie demande. Pour ce genre de petits services telle la pose de ma tringle à rideaux, les artisans ne se déplacent pas », explique la dame. Les Lulus surfent sur le registre du « coup de main » moyennant une faible somme d’argent : « entre 5 et 20 euros les trente minutes », avec « 50 % de réduction/crédit d’impôt (sur presque tous nos services) ». L’association prend de 10 à 15 % de commission sur chaque intervention – soit deux fois moins qu’une plateforme comme Uber, où les conducteurs paient en plus les frais de leur véhicule. Lorsque les Lulus sont arrivés, les artisans du quartier les ont vus d’un très mauvais œil. Mais l’association assure qu’en cas de travaux trop lourds ou spécialisés, les utilisateurs sont systématiquement redirigés vers les commerçants et artisans locaux. « Il n’y a pas concurrence, nous ne rendons pas les mêmes services », explique Pierre-Luc Mellerin, salarié de l’association.

Ici, le projet repose sur la proximité. D’où le choix, pour le moins original, d’une mise en relation passant non seulement par une plateforme en ligne, mais par de vrais kiosques, à l’idéal dans des lieux de passage très fréquentés, comme par exemple à la sortie du métro Saint-Paul au cœur de Paris. Et ce d’autant qu’une telle présence physique « permet d’informer des gens peu connectés, en particulier les personnes âgées ». De fait, 80 % des Lulus vivent dans les environs proches de la zone où « ils rendent leurs services ». On parle donc bien d’entraide entre voisins.

« N’importe qui peut être un Lulu »

À l’image des habitants des quartiers concernés, les Lulus viennent de tous horizons. « N’importe qui peut-être un Lulu », confie Jordan. On y trouve des étudiants, des personnes à la retraite ou des chômeurs de longue durée en cours de réinsertion. À l’heure actuelle, 70 Lulus sont enregistrés, dont 45 sont actifs pour environ 4 000 utilisateurs réguliers. Ils ont tous un statut d’auto-entrepreneur, condition sine qua non pour travailler avec l’association – qui les aide pour monter leur dossier. Une façon de lutter contre le travail au noir, nous dit-on. Compléter leurs revenus ou leurs faibles retraites est ce qui motive la plupart des Lulus. Seule une minorité arrive à en vivre à temps plein.

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Les Lulus s’occupent de tout : du ménage au bricolage en passant par du soutien scolaire. Liste des services sur leur site web : www.luludansmarue.org.

Creative Commons Licence Xavier-Eric Lunion

Une façon modeste de lutter contre l’isolement

La lutte contre l’isolement que l’on peut connaître dans les grandes villes est l’autre valeur ajoutée des services de l’association. À l’instar de cette vielle dame, jusqu’alors très isolée, qui fait appel aux Lulus pour qu’on lui prépare les repas et que l’on vienne lui tenir compagnie ; le Lulu est vraisemblablement son seul contact avec l’extérieur ! D’après l’association, une partie non négligeable des demandes se justifie plus par une recherche des contacts humains qu’elle génère que par un véritable besoin de service.

Pour accentuer l’impact social de cette démarche sur le quartier, l’association organise régulièrement, à raison d’au moins une fois par mois, des évènements où habitants et Lulus se rencontrent. « Notre volonté est de créer une communauté solidaire où chacun se rendrait service, et si en plus chacun peut en dégager une source de revenus, tout le monde est gagnant », explique Pierre-Luc Mellerin.

Après plusieurs mois d’activité, les demandes se multiplient effectivement. L’association a désormais l’ambition de s’étendre à d’autres arrondissements de la capitale. Le concept devrait même s’exporter bientôt dans plusieurs villes du pays. Bien sûr, il ne faut pas exagérer la portée de l’initiative au regard des très lourds enjeux de solidarité d’une ville comme Paris. Les personnes en insertion ou en chômage de longue durée ne représentent que la moitié de l’effectif, le reste étant des étudiants, des retraités et des salariés qui cherchent à compléter leurs revenus. D’ailleurs, l’association ne communique plus sur la création d’emploi, mais sur la possibilité de compléter ses revenus. Reste que l’expérience a du sens au-delà de cet appoint de revenus : elle rend des services et elle crée vraiment du lien social.

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