La cravate, le nouveau conseiller-emploi

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Grâce à La Cravate solidaire, Akim est fin prêt pour aller à son entretien d’embauche.

Creative Commons Licence Fabrice Jonckheere

Habiller, conseiller et accompagner les chômeurs dans leur recherche d’emploi. C’est ce que propose une association basée à Paris et qui se développe à travers le pays.

« L’habit ne fait pas le moine, mais il y contribue ». Plus qu’un slogan, la devise de La Cravate Solidaire définit les objectifs de cette association : fournir gratuitement costumes et tailleurs aux demandeurs d’emploi, qui n’ont pas les moyens d’investir dans une tenue professionnelle, donc de franchir le premier obstacle de la plupart des entretiens d’embauche. Certes l’habit ne fait pas le moine ; les clichés et a priori sont néanmoins tenaces.

« Nous avons étudié dans le quartier de La Défense entourés de travailleurs en costume. Nous nous sommes dit qu’il devait y avoir pas mal de vêtements qui dormaient dans les armoires et de l’autre côté des gens en situation précaire qui devaient en avoir besoin pour se présenter à des entretiens », explique Nicolas Gradziel, cofondateur de La Cravate Solidaire.

Des débuts laborieux

Forts de ce constat, Nicolas Gradziel, et ses compères, Yann Lotodé et Jacques-Henri Strubel, tous trois anciens étudiants d’école de commerce, ont franchi le pas, en posant les statuts de l’association en janvier 2012. « Les débuts ont été laborieux. Il a fallu constituer le stock de vêtements », se souvient Nicolas Gradziel. Après avoir récupéré les fringues des copains et des parents, il leur faut mobiliser au-delà de ce premier cercle : ils organisent une collecte auprès d’une caserne de pompiers à Paris. « Il était important de proposer du choix aux gens et que chaque personne puisse trouver la tenue de ses rêves et à la bonne taille, bien sûr. » D’ailleurs, cela prendra près de dix mois avant de pouvoir aider le premier demandeur d’emploi.  

Petit à petit, l’affaire séduit, et l’histoire s’accélère lorsque les médias s’emparent de cette initiative originale : un article dans le quotidien 20 minutes et un passage sur le plateau du Grand Journal de Canal + offrent à l’association une visibilité inespérée. Tout s’emballe et les dons affluent, de quoi constituer un stock de qualité. « Depuis, l’engouement des gens pour notre initiative ne s’est pas estompé », se ravit Nicolas Gradziel. En 2015, environ cinq tonnes de vêtements – dont trois auprès des entreprises – ont été récupérées. Les particuliers peuvent quant à eux déposer les affaires, juste en envoyant un e-mail pour bien caler le dépôt.

Un véritable accompagnement

L’histoire ne s’arrête pas en si bon chemin. « Désormais, on ne propose pas seulement des vêtements gratuits, on propose également un véritable accompagnement dans la recherche d’emploi », poursuit Nicolas Gradziel. Des conseillers en image ainsi que des DRH bénévoles ont rejoint l’association. Les demandeurs d’emploi sont reçus individuellement lors d’ateliers où, en plus de la tenue « qui va bien », ils reçoivent des conseils personnalisés afin d’aborder l’entretien d’embauche dans les meilleures conditions. Des simulations avec un conseiller en recrutement sont même organisées pour ceux qui le désirent. Huit cents demandeurs d’emploi ont été accompagnés depuis les débuts de l’association. Plus de 60 % d’entre eux ont trouvé un emploi.

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Bien habillé, notamment d’une cravate qu’il a pu emprunter, Akim passe son entretien d’embauche.

Creative Commons Licence Fabrice Jonckheere

Quand les aidés deviennent les aidants…

Lauréat de La France s’engage, l’association bénéficie d’une subvention de 165 000 euros sur trois ans. De quoi offrir une solide assise à cette structure, qui envisage d’ores et déjà de se diversifier pour pouvoir développer son activité : outre les quatre salariés et trois jeunes en service civique, La Cravate Solidaire s’appuie sur quelque 300 bénévoles, dont les deux tiers à Paris. Des antennes se sont ainsi montées en dehors de la capitale : à Lyon, Le Mans, Caen, Rouen… À Lille, l’association compte déjà sur le soutien de plus d’une cinquantaine de bénévoles. D’ailleurs, parmi ceux-ci, il n’est pas rare de retrouver d’anciens bénéficiaires. Une communauté s’est créée, les aidés deviennent les aidants, preuve ultime du changement de paradigme.

 

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Subvention de 165 000 euros sur trois ans (donnée en 2012)
300 bénévoles
4 salariés
5 tonnes de vêtements
800 demandeurs d’emploi aidés à avril 2016, 60 % ont trouvé un emploi