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Parmi les nombreux équipements à bas prix proposés à des familles qui accèdent enfin au logement.

Creative Commons Licence Xavier-Eric Lunion

Emmaüs-Défi innove dans la solidarité sociale avec la Banque solidaire de l’équipement. Une réponse concrète à la difficulté d’équiper son nouvel appartement pour les familles qui accèdent à un logement pérenne après des années d’hébergement d’urgence.

Des meubles, des bibelots et des livres à perte de vue. Les salariés s’activent, emballant, déballant des dizaines de cartons remplis de vêtements, de petits objets et d’équipements électro-managers. C’est le cœur battant d’Emmaüs. L’entrepôt se situe dans le nord de la capitale, près de la station de métro Riquet. Dans un coin de cette énorme surface utile, aux allures de magasin d’usine, un lieu, un peu plus soigné. L’ambiance y est presque feutrée, avec une hôtesse tout sourire pour vous accueillir. Bienvenue à la Banque solidaire de l’équipement (BSE).

Équiper son appartement à moindre coût

Depuis 2012, ce service permet aux personnes, sortant d’hébergement précaire ou d’urgence, d’équiper leur premier logement pérenne. L’accession à un appartement est l’aboutissement d’un long parcours, mais pour les familles, il reste à pouvoir s’équiper : ustensiles de cuisine, tables, literie, etc. Se procurer ce minimum « vital » prend parfois des semaines, voire des mois. Alors, pour faciliter l’appropriation de ce logement « providentiel », les équipes d’Emmaüs-Défi ont décidé de mettre en place un service afin d’aider les familles, en leur proposant du bon matériel à petits prix.

Première difficulté : constituer un stock conséquent, attractif et de bonne qualité. D’ailleurs, tous les produits, du réfrigérateur à la cuillère en bois, sont neufs. Le stock compte une centaine de références. Pour ce faire, la BSE a mis en place des partenariats avec de grandes enseignes comme SEB ou Carrefour. Cette dernière marque est présente depuis le début de l’aventure, à travers une collaboration à plusieurs niveaux : dans un premier temps, l’enseigne donne ses produits invendus et ses fins de séries à l’association ; ensuite, elle accueille certains des salariés – tous en parcours de réinsertion – d’Emmaüs en stage de formation. D’ailleurs, certains ont depuis été embauchés en CDI par le géant de la distribution.

Payer comme tout le monde, ou presque

Seconde difficulté pour la BSE : trouver le bon public, qui bénéficierait au mieux de ce service innovant. Avec l’aide de la ville de Paris, les concepteurs de la BSE ont réfléchi pour que leur concept réponde à des besoins concrets non résolus, et ne s’ajoute pas à des programmes d’aide sociale déjà mis en place. Les bénéficiaires doivent ainsi avoir été « impérativement » orientés par des travailleurs sociaux. Le fait qu’ils soient déjà suivis permet à la BSE d’améliorer leur mission d’accompagnement. Les nouveaux locataires remplissent une fiche de liaison afin de lister leurs besoins. Ils sont ensuite convoqués pour trois rendez-vous étalés sur six mois. Au cours de ces rendez-vous, ils choisissent leurs équipements, si possible avec leur référent social qui les guide durant leurs démarches. « C’est un moment heureux pour les aidants, habitués à traverser les périodes difficiles de leurs protégés », confie Vanessa Engel, responsable de la BSE.

Le service n’est pas gratuit. La raison est avant tout symbolique. Il s’agit d’un « changement de posture », insiste Vanessa Engel. Les aidés deviennent enfin des consommateurs « comme tout le monde », de produits neufs « comme tout le monde ». Ni plus ni moins. Les études d’impact commandées par Emmaüs-Défi confirment que les bénéficiaires sont heureux de payer, ayant ainsi le sentiment de faire partie de la société. Bien évidemment, les prix sont adaptés. Ils sont généralement  de l’ordre de 20 % des prix du marché. Sous un autre regard, le résultat des ventes permet à l’association d’équilibrer ses comptes (frais de fonctionnement et logistique), et de financer tout de même quinze emplois. Ce qui n’est pas rien.

1.500 bénéficiaires

En 2015, 624 familles d’Île-de-France ont pu équiper leur nouvel appartement. Cela représente 1.500 personnes aidées, dont 716 enfants. En quatre ans, la Banque solidaire de l’équipement a donc permis de limiter le recours au crédit pour un nombre non négligeable de familles encore fragiles financièrement, rendant bien plus facile leur « appropriation » des logements. Surtout, cette offre a un réel impact sur  la vie sociale des bénéficiaires : il est plus aisé d’inviter ses voisins lorsque son appartement n’est pas une coquille vide !

Suite à la validation de l’impact social du dispositif, une antenne à Lyon est désormais en cours d’installation. Des réflexions sur la faisabilité d’un déploiement national ont même été lancées. Cela nécessitera sans doute un plus grand nombre d’entreprises partenaires que les dix qui le sont aujourd’hui. Mais l’initiative semble promise à un bel avenir.