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Une vue de l’intérieur des locaux de Simplon.co à Montreuil, dans la proche banlieue parisienne.

Creative Commons Licence Marie-Nathalie Bernard

Simplon.co, c'est une école, et bien plus. C'est un écosystème au service de la réalisation d'un but social : l'inclusion par le numérique des décrocheurs scolaires. C'est aussi une communauté ouverte, constituée de ses élèves, ses partenaires et ses collaborateurs. Une communauté qui essaime en France et à l'international.

Vendredi 13 mai 2016, 8 h. « Le numérique, c'est aimer rendre service, s'entraider », explique Rodolphe Duterval, 28 ans, l’un des premiers élèves formés à Simplon.co, devenu formateur. L'école accueille depuis le 1er mars 2016 sa première promotion Refugeek. Treize hommes et une femme en provenance majoritairement de Syrie, non francophones, formés pendant six mois à coder pour le Web et le mobile. Des cours de français sont inclus au programme. D’ailleurs le soir, après les cours, ce sont les élèves de la promotion francophone qui prennent le relais auprès des élèves réfugiés en animant des ateliers de conversation d'une demi-heure.

Bienvenue à Simplon, une ancienne usine aux murs de briques rouges et aux grandes verrières, située à Montreuil. Le vaste lieu, typique de l'architecture industrielle des années 1930, abrite désormais un nouveau modèle d’organisation solidaire, que l’on pourrait décrire comme une « fabrique sociale du numérique inclusif ».

Les décrocheurs deviennent des codeurs

À Simplon.co, on apprend que l’on peut faire quelque chose des bosses et des creux dans un parcours scolaire (ou de vie). C'est à Montreuil, en région parisienne, qu'en avril 2013, Simplon.co a ouvert sa toute première école gratuite d'apprentissage du code, à destination des décrocheurs scolaires de 18 ans et plus. La formation accueille 26 élèves qui vont apprendre en six mois à créer des sites Internet et des applications mobiles. Pas de prérequis pour devenir « Simplonien » (élève de l'école) : il suffit juste d'être majeur. Ici le passé, scolaire ou pas, ne compte pas pour l’admission.

« Financer l’école, ça a été au début une grosse prise de risque », se souvient Erwan Kezzar, autobaptisé « cofondateur, inventeur » de l’expérience. Des subventions d'amorçage (Région Ile-de-France) et des prestations clients (des sites Web) réalisées par Erwan ont financé les premières promotions de Simploniens. L'école, reconnue pour la qualité de ses formations et son fort taux d'insertion professionnelle (plus de 80 %), peut aujourd'hui prétendre aux fonds de la formation professionnelle et continue : plan régional de formation, Pôle emploi, organisme paritaire de la formation continue, contrats de professionnalisation, etc. Pour compléter ce dispositif en vue d'une insertion professionnelle rapide, Simplon.co intègre par ailleurs d'anciens élèves en son sein, en particulier lorsqu’il s’agit de piloter des projets de sites Web et d'applications pour mobiles.

Une communauté ouverte pour mieux dupliquer un modèle

Le « .co » de Simplon, aime à rappeler Erwan Kezzar, veut dire communauté. Et la communauté n'est pas fermée et réservée aux seuls élèves. Elle est ouverte et inclusive à l’image de la vision qu’a Simplon.co du numérique. La communauté est certes constituée des élèves, mais aussi des salariés Simplon, des entreprises qui s'investissent dans la formation en fournissant aux Simploniens des cas pratiques réels, ces lieux de travail ouverts qu’on appelle des Jokkolabs ou encore un espace de coworking créé en Afrique francophone qui essaime désormais en France.

Aux antipodes de cette accumulation foisonnante de savoir-faire, l'esprit Simplon c’est de rendre simple ce qui peut sembler compliqué, car technique. Ses chevaux de bataille ? La vulgarisation des connaissances pour les rendre accessibles à tous, la gratuité des formations, et l’essaimage de son modèle. Pour preuves : trois ans à peine après l'ouverture de sa première école à Montreuil, Simplon.co en a ouvert deux autres à l'île de La Réunion et à Lyon et développe via sa licence de marque un réseau de treize écoles en France, en Roumanie et en Afrique, en milieu urbain comme en milieu rural, auxquelles s'ajoutent quinze autres écoles en projet.

Pour une culture numérique inclusive

Pour atteindre son ambition sociale, Simplon.co (comme toute entreprise à but social) ne se contente pas d'offrir ses services. L’enjeu est aussi de bousculer les clichés, de transformer les comportements dans le domaine du numérique. L’objectif d’avoir autant de femmes que d’hommes parmi les élèves qui apprennent à coder chez Simplon, avec une sensibilisation permanente à l’importance d’une parité homme-femme dans les métiers technologiques et scientifiques, en est l’une des meilleures illustrations. En juillet 2015, la Fondation Simplon a d’ailleurs été créée pour agir durablement sur l'écosystème à travers ses actions philanthropiques, tant dans l'éducation des plus jeunes que la promotion d'une culture numérique inclusive. Se développent ainsi les actions de sensibilisation au code auprès des enfants, avec des objectifs d’appréhension non seulement technique mais éthique de ce nouveau monde numérique. Enfin, alors que la consommation énergétique des serveurs dépasse aujourd'hui celle des transports, la Fondation Simplon s'investit dans le Green IT pour penser des usages numériques moins énergivores, qui impacteront la façon de coder.

Objets connectés et médiateurs numériques

Simplon.co, c'est enfin un atelier de prototypage rapide (autrement dit un fablab) d'objets connectés, « ouvert à toute personne qui sait lire, écrire et compter », comme l'affirme Mehdi M., son animateur. Les enfants des centres d'animation y viennent pendant les vacances scolaires, et cet atelier se déplace aussi dans les écoles et collèges. Douze jeunes en décrochage scolaire envoyés par l'Académie de Créteil ont ainsi fabriqué une manette de pilotage d'un drone…

En outre, Simplon.co vient de lancer Capprio, un programme de formation hybride (e-learning/présentiel) visant à former en trois ans 20 000 jeunes qui deviendront médiateurs numériques auprès d'enfants et de jeunes âgés de 7 à 17 ans. Ces actions créent et nourrissent un écosystème qui sert le cœur de métier de Simplon.co : la formation et l'insertion des décrocheurs scolaires. L'atelier ouvert de type fablab tout comme le programme Capprio sont en effet des moyens pour rencontrer les candidats à l'école… Car une classe à Simplon.co, c'est 26 élèves pour 300 candidatures, choisis d’abord pour leur motivation et leur désir de s’inscrire dans une communauté, certes en partie informelle, mais active.

Fin 2016, Simplon.co ira encore plus loin en ouvrant La Fabrique, sa première adresse parisienne dans le XXe arrondissement de Paris, qui pourrait devenir une sorte de vitrine du numérique inclusif. D'une surface de 250 m2, il s'agit d'un « tiers lieu » – traduire : un lieu ouvert sur le quartier – constitué d'une école réservée aux Simploniens et d'un atelier de type fablab ouvert à tous. « In & out » : est-ce le code secret de la réussite étonnante de Simplon.co en à peine trois ans ?