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Atelier de création de porte-clés à l’aide d’une imprimante 3D.

Creative Commons Licence Elsa Bastien

Stages, tutorat, visites de labos… À Drancy, en Seine-Saint-Denis, l’association Science Ouverte donne l’envie et les moyens aux jeunes de se lancer dans une carrière scientifique qu’ils croient hors de portée.

 « C’est pour ta maman? » Trois adolescents s’approchent de l’Ultimaker, une imprimante 3D en plein façonnage d’un porte-clés en forme de cœur rose. Faidel, le benjamin du groupe - il est en cinquième - acquiesce, les yeux rivés sur son œuvre. Hochement de tête respectueux de ses camarades, moins altruistes. Avant de voir l’objet se former sous ses yeux, il s’agit de le créer sur le logiciel. Une petite dizaine s’y affairent tandis que les autres groupes se consacrent à des tâches manuelles, comme fabriquer un polyèdre avec des pailles.

Ce n’est que le deuxième jour du stage Construction d’objets mathématiques organisé par l’association Science Ouverte, à Drancy (Seine-Saint-Denis), mais la tâche semble aisée pour Maissane, 15 ans, venue de Bobigny. Elle assiste à son troisième stage, accompagnée de deux copines, et trouve « important » qu’une telle initiative existe dans des territoires que l’on dit prioritaires. Et puis « c’est mieux que de rester chez soi ».

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Avant de passer à la pratique, la théorie. Les adolescents vont se mettre en groupe et choisir ensemble quelles figures mathématiques créer.

Creative Commons Licence Elsa Bastien

Chercher à s’éprouver plus que trouver des solutions toutes faites

En pleines vacances scolaires, le groupe de quinze jeunes majoritairement âgés de 16 ans ne chôme pas. Le programme est costaud : chaque jour, de 9h30 à 17h, filles et garçons s’affairent à la construction de fractales, kaléidoscopes 3D, billard elliptique… L’ambiance est détendue, mais studieuse. En témoigne Amine, 14 ans, venu avec son petit frère. Coutumier des stages, il se déclare ravi « d’étudier les maths en s’amusant » et aime « calculer les angles de certains pavages ». Lui habite Drancy, mais pour d’autres jeunes, le trajet matinal était plus long, comme Chefania, 17 ans, et Alexandra, 15 ans, qui viennent d’Epinay, ou comme Mohammed, 15 ans, qui habite à Saint-Denis.

 Lors de la dernière année scolaire, 195 lycéens et étudiants ont bénéficié de tutorat et de soutien, 247 jeunes ont participé à des stages et 2500 ont été touchés par les événements – conférences, animations – organisés par l’association. « L’objectif est de leur montrer que la science est accessible, de proposer quelque chose de différent de ce qu’ils font au lycée, mais aussi qu’ils découvrent ce à quoi peut ressembler le quotidien d’un chercheur », explique Pauline Drapeau, biologiste et chargée des publics lycéens et étudiants. Cela passe donc par des stages de science, des visites de labo, ou du soutien scolaire, et même une mission d’observation du monde polaire en Arctique. En 2016, quatre jeunes, accompagnés de Jacques Moreau, explorateur et chercheur en biologie au CNRS, étaient partis à l’extrême nord du Groenland pour une expédition terrestre. Résultat : cinq semaines en autonomie pour documenter la biodiversité des lieux.

Travaux pratiques et programmes statiques

Pas question de leur apprendre les sciences avec une méthode scolaire. « L’enseignement est trop dogmatique, ça tue la curiosité. On peut pourtant les mettre en situation de trouver par eux-mêmes, d’expérimenter… », assure François Gaudel, le fondateur de l’association. Miser sur la science exploratoire, redonner confiance en soi aux adolescents du coin… Rien de neuf pour ce professeur de mathématiques polytechnicien, désormais retraité.

Dès le début des années 1990, il proposait des clubs de maths à Bobigny et du soutien scolaire, mais c’est la mort de Zyed Benna et Bouna Traoré et les émeutes qui l’ont suivie à l’automne 2005 qui ont précipité la création de l’association, en 2007. « On voulait proposer des activités valorisantes sur place, pour que les jeunes puissent s’épanouir. Rencontrer des grands chercheurs, faire un stage à l’ENS ou monter des expositions… C’est valorisant ! »,  sourit François Gaudel. « Et plus tard, ils reviennent nous aider. »

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Atelier de construction de polyèdres en pailles. Quand un jeune, en ce mois de juillet 2018, crée un ballon de foot, François Gaudel lui dit en souriant : « Pas très original comme polyèdre ! » Et le jeune répond : « Mais c’est la coupe du monde ! »

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De bons résultats et des classes prépa

L’association rassemble en effet sept permanents, mais aussi une vingtaine d’intervenants et une cinquantaine de bénévoles, parmi lesquels de nombreux anciens participants. Elle fonctionne majoritairement grâce à des subventions publiques – accordées par la préfète à l’égalité des chances de Seine-Saint Denis, par la Ville, par la Région et par la CAF - et quelques financements privés, comme la fondation Blaise Pascal ou EDF.

Réunions d’orientation, tutorats, présentations orales, aide pour trouver des stages : c’est toute une culture scientifique que Science ouverte propose de découvrir, ainsi que des armes pour que les adolescents issus de quartiers populaires puissent, s’ils le souhaitent, se lancer dans une carrière scientifique. Et ça fonctionne : 56 ont fait ou font une classe préparatoire, 34 ont été reçus dans une école d’ingénieurs ou une grande école, sept étudiants sont entrés à Polytechnique, quatre à l’ENS Cachan, un à Mines-Paristech… François Gaudel n’est pas peu fier des bons résultats qu’il a pu vérifier : « La grande majorité des jeunes font ensuite des études longues. »

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Lors de la dernière année scolaire, 195 lycéens et étudiants ont bénéficié de tutorat et de soutien, 247 jeunes ont participé à des stages et 2500 ont été touchés par les événements – conférences, animations – organisés par l’association.