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Creative Commons Licence A2 – Apprendre Autrement

Trois jeunes parisiens sont sur le point de proposer des cours de soutien scolaire aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage. Des cours de qualité, proposant une pédagogie innovante, et surtout accessibles à tous les budgets.

Des cours particuliers ? Rien de nouveau en somme ?
« En l'absence d'une véritable réforme du système éducatif, qui proposerait des parcours réellement différenciés selon les niveaux des élèves, sur le modèle finlandais par exemple, nos cours offriraient quelque chose d'innovant», déclare Manon Rolland, co-fondatrice du projet A2 – Apprendre Autrement. Effectivement, pour aider tous les élèves ayant des difficultés d’apprentissage, le système éducatif finlandais met à disposition des professeurs spécialisés. « En France, ce n’est pas le cas partout. Alors, les cours particuliers se présentent souvent comme la seule alternative pour les parents », ajoute Manon Rolland. Avec qui plus est, le souci du coût de tels cours, beaucoup de familles n’ayant pas vraiment les moyens de les offrir à leurs enfants. De fait, selon une étude menée par TNS-Sofres en 2012, la France serait le plus gros marché des cours particuliers en Europe. Cela représente plus de 40 millions d'heures de cours chaque année, concerne un collégien sur cinq et un lycéen sur trois pour une moyenne de 40 heures annuelles par élève. A2 – Apprendre Autrement veut dès la rentrée 2017 proposer des cours particuliers qui soient à la fois de qualité, accessibles à tous les budgets, et dont la pédagogie, différente de celle pratiquée à l'école, s'adapterait au profil des élèves, à l'image de ce qui se passe en Finlande.

L'entrepreneuriat social comme solution

Fille de professeurs, Manon a tout naturellement trouvé sa place dans la sphère de l'éducation. Sa carrière a en effet oscillé jusqu’ici entre actions bénévoles et missions salariées dans l'animation, les cours particuliers et le soutien scolaire, avec à chaque fois cette interrogation : « Comment faire pour ne pas aggraver les inégalités déjà existantes dans l'éducation, tout en proposant des services de qualité ? » Dès le début, l’idée est de rompre avec le schéma selon lequel seuls les élèves les plus aisés pourraient s'offrir les meilleurs cours particuliers avec les meilleurs professeurs. Mais A2 - Apprendre Autrement a pris forme un peu par hasard ! On le doit notamment à un cours de master : « Entrepreneuriat social et innovation sociale », qui l’a éclairé sur la façon de concrétiser cette « troisième voie », qui semblerait pourtant une évidence : offrir des cours exigeants et novateurs, mais adaptée au profil, et en particulier au portefeuille de ses clients ! « J’ai trouvé le moyen de proposer du soutien scolaire à un élève dont le père ne pouvait pas se permettre de payer le prix fort », explique Manon, à moins de 10 euros de l'heure de  cours –  Ce qui lui a confirmé qu’il existait bien un marché se situant entre les cours gratuits et ceux à 40 euros de l'heure, permettant par ailleurs de respecter son ambition solidaire.

Le projet s'étoffe au gré des rencontres, notamment avec les professeurs du cours de master, dont surtout Lucy Topaloff et Pierre Lachene, les deux autres cofondateurs du projet, rencontrés en juin 2016 au même cours d'entrepreneuriat social. Ayant des profils diamétralement différents mais complémentaires, ils ont donné un coup d'accélérateur au projet. Pierre est éducateur spécialisé et souhaite proposer du soutien scolaire à des élèves ayant des difficultés d'apprentissage dues à un handicap plus ou moins important. Lucy, qui donne de son côté des cours à des familles américaines aisées, est par ailleurs bénévole, et désire comme Manon créer une solution pour que tous aient accès à des cours particuliers de qualité. Dès juin 2016, l'équipe est au complet… Ou presque.

L'avènement d'une nouvelle pédagogie

Pour cette première rentrée, prévue en septembre 2017, les trois jeunes entrepreneurs sociaux se fixent deux objectifs majeurs, très prosaïques : augmenter ostensiblement les résultats scolaires des enfants en difficulté ; mais aussi permettre aux élèves de reprendre confiance en eux. A2 – Apprendre Autrement se présentera, tout d'abord, comme une plateforme Web de mise en relation de tuteurs et d'élèves. Les tuteurs seront pour la plupart des étudiants, auparavant formés à une pédagogie innovante fondée sur la théorie développée par Howard Gardner qui consiste à considérer qu'il existe de multiples formes d'intelligence et d'apprentissage – Huit pour être précis.

Selon les adeptes de cette théorie, seules deux formes d’intelligence seraient sollicitées dans les établissements scolaires : l’intelligence linguistique, définie par Gardner comme la « capacité à utiliser et comprendre les mots et les nuances de sens », et l’intelligence logicomathématique, indispensable pour résoudre tout problème logique. « Le système, tel qu’il est mis en place, exclut de facto des milliers d’élèves, pourvus d’autres formes d’intelligence », réaffirme Manon Rolland. Les futurs tuteurs devraient être donc capables, à terme, de reconnaître chez chaque élève sa forme d'intelligence particulière, donc d'adapter l'accompagnement en fonction. « L'accent sera également mis sur une variété d'exercices permettant de stimuler la mémoire et la compréhension des élèves. Nous veillerons également à ancrer les cours dans le réel et les centres d'intérêt des jeunes, explique Manon Rolland. Il est prouvé que l'on retient mieux les choses lorsque l'on peut les appliquer à la vie quotidienne. Je pense notamment aux cours de langues. »

Un modèle économique à consolider

Pour la première année, les porteurs du projet espèrent toucher une vingtaine de familles basées d’abord dans le 18e arrondissement de Paris. Le prix des cours sera basé sur le quotient familial des ménages. 5 euros de l'heure (le prix le plus bas) pour les familles ayant un quotient inférieur ou égal à 700, et 60 euros (le prix le plus élevé) pour les quotients familiaux supérieurs à 45 000. Pour compléter leurs rentrées financières, les trois entrepreneurs comptent aussi sur des subventions publiques, notamment de la part de la région Ile-de-France ou de la mairie de Paris. Des demandes sont d'ailleurs en cours, sans oublier l’apport éventuel d'acteurs privés. Ils ont d’ailleurs participé au Prix Fondation Cognacq-Jay en décembre 2016. Ils y ont été nominés dans la catégorie « vision », et ont reçu un petit coup de pouce de 2.000 euros.

Côté dépenses, il faudra trouver des moyens pour la création du site Internet, et la location d’un local. À cela s'ajoute le coût de la formation des tuteurs. Les tuteurs, quant à eux, seront soit en CDD horaire, soit avec un statut d'auto-entrepreneur. « Une petite équipe sera cependant salariée », dit Manon. La petite équipe en question se composera d'un coordinateur ou d’une coordinatrice, d’une ou d’un chargé de suivi de la relation élèves-tuteurs, ainsi que d’une ou d’un chargé de la formation et du contenu pédagogique. Belle ambition, dont les acteurs savent qu’elle sera difficile à atteindre : A2 – Apprendre Autrement a la prétention de devenir l’un des premiers organismes à proposer des cours particuliers spécifiquement destinés aux enfants ayant des difficultés d’apprentissage,  et surtout accessibles à tous !

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

D’après TNS-Sofres, la France est le plus gros marché de cours particuliers en Europe