montage_caracol_perreux.jpg

Montage d’un module couchage pour l’association Caracol au Perreux-sur-Marne.

Creative Commons Licence Mathieu Oui

L’objectif d’Unity Cube : utiliser des bureaux inoccupés pour répondre aux besoins de logement. La solution « clés en mains » de cette association de jeunes architectes et ingénieurs de Toulouse : proposer des modules d’hébergement d’urgence ou temporaires à partir de locaux vacants aménagés à moindre coût.

Plus de trois ans après sa création en avril 2016, Unity Cube vient de finaliser son troisième chantier d’aménagement de locaux vides, non loin de la place d’Italie à Paris. « La France compte 5 millions de mètres carrés de bureaux vides », insiste d’emblée Théo Guérini, membre de l’association. Et il suffit de mettre ces chiffres en regard du mal logement, pour mesurer la faille à laquelle cette association basée à Toulouse s’est attelée. « Rien que pour Toulouse, ce sont 220 000 mètres carrés de bureaux qui sont inoccupés », poursuit Théo.

Pour transformer des immeubles vacants en hébergement d’urgence ou en solution de logement plus pérenne, l’équipe a mis au point différents modules destinés aux principaux usages d’habitation (couchage, toilette, cuisine, etc.). Ils s’insèrent dans les espaces sans affecter le bâtiment : il suffit de les raccorder aux réseaux hydrauliques et électriques existants. L’association compte une douzaine de membres, ingénieurs et étudiants, ainsi qu’une petite équipe à Paris. Unity Cube   peut s’appuyer sur un réseau adapté, travaillant en lien avec les collectivités publiques et différentes associations de solidarité (France Horizon, La Croix rouge, Soliha, Habitat et Humanisme, etc.) mais également avec les organismes d’urbanisme transitoire qui pourraient être de nouvelles structures d’accueil des modules d’hébergement d’urgence. Avec une règle d’évidence pour les acteurs de l’association : que jamais le coût, même minimal, de ces hébergements ne soit pris en charge par les bénéficiaires eux-mêmes…

Première opération test à Toulouse

En partenariat avec la mairie de Toulouse, l’association a mené durant l’hiver 2018/2019 une première opération-test destinée à pallier la saturation des autres dispositifs d’accueil de nuit. Un gymnase a donc été aménagé pour accueillir 120 personnes sans abri acheminées par le 115. L’installation de modules a permis d’offrir un minimum d’intimité à des familles avec enfants et aux personnes les plus vulnérables. Il s’agissait d’un accueil transitoire avant de réorienter les personnes vers des structures plus adaptées. « Nous avons pu installer quatre modules pour 22 couchages dans le gymnase, aux côtés d’une centaine de lits de camps », détaille Théo Guérini.

toulouse_-_plan_grand_froid_02.jpg

Durant l’hiver 2018-2019, quatre modules de couchage ont été montés dans un gymnase de Toulouse.

Creative Commons Licence Mathieu Oui

 

Assemblage de palettes

Le principe sur lequel reposent les modules Unity Cube est simple. Leur structure est composée de palettes empilées et recouvertes de panneaux de lamelles de bois (dits panneaux OSB). Les modules de couchage peuvent se décliner en différentes tailles et les parois en palettes permettent aussi d’ajouter d’autres cloisons dans chaque espace. Tout cela pour un prix de revient minime : le module complet (structure avec quatre parois, toiture et porte) revient à 265 € par mètre carré.

Le module sanitaire se compose quant à lui d’une salle de bain conçue par la société Baudet, avec l’ajout d’un sanibroyeur pour une utilisation dans un bâtiment de bureau. Montable et raccordable en trois heures par trois personnes, son coût est de 4500 €. Et cette solution « temporaire » présente un autre intérêt pour les propriétaires : leurs locaux vacants ne sont pas soumis à des frais de gardiennage ou à des taxes de vacances. Montables en quelques heures, ces modules offrent l’avantage d’être réutilisables sur plusieurs opérations, ce qui permet d’en amortir l’investissement initial sur la durée.

Aménagement d’un loft au Perreux

Unity Cube travaille souvent avec d’autres partenaires associatifs comme récemment avec l’association Caracol pour l’aménagement d’un loft au Perreux-sur-Marne. Le lieu permet de loger cinq personnes pour une durée trois ans. « La solution de Unity Cube répond tout à fait à notre recherche d’un aménagement qui soit le plus léger possible en termes de coûts et d’impact écologique », témoigne Simon Guibert, de Caracol.

Fondée en février 2018, cette association chercher à favoriser des colocations dans des espaces inoccupés, entre des personnes ayant le statut de réfugié et des personnes d’origine française. L’objectif final est de créer de la mixité sociale et culturelle. Au Perreux, les modules d’Unity Cube ont permis de créer une chambre en rez-de-chaussée et de scinder une grande chambre en deux à l’étage.

Colocation solidaire et hébergement des plus précaires

L’aménagement a été réalisé au cours d’un chantier participatif regroupant les bénévoles des deux associations et les futurs locataires. Des meubles ont été créés avec les planches qui restaient du chantier. Le loyer revient à 190 € mensuels par personne, charges comprises, voire moins si la personne est au RSA (environ 150 €). La colocation réunit deux Français dont Simon et Virginie, mais aussi Roustem (Afghanistan), Amir (Soudan) et Yasin (Somalie). « C’est une grande maison, avec de l’espace pour chacun et où je peux m’isoler pour travailler à mon projet de création d’entreprise », se réjouit Yasin, qui a beaucoup galéré avant de trouver un logement. Le jeune trentenaire apprécie aussi le côté très convivial de la colocation, le fait de pouvoir se retrouver le soir autour d’un verre et de discuter de sa journée. Et chacun des réfugiés bénéficie d’un accompagnement social par le biais d’un membre de l’association Habitat et Humanisme.

Une troisième opération s’est récemment achevée à Paris afin de mettre en place  un lieu d’accueil temporaire d’une trentaine de places. Il s’agit d’un ancien immeuble de bureaux du quartier de la place d’Italie qui devrait héberger des personnes en grande précarité et des familles. Réalisé en partenariat avec l’association AMLI et la Scop Palanca, le projet a été retenu dans le cadre des appels à projets participatifs de la ville de Paris. « Nous avons créé huit chambres, cinq salles de bains et une cuisine, mais aussi réalisé une partie de la scénographie du bâtiment », détaille Julien Mingot, autre membre d’Unity Cube.

L’équipe souhaite désormais dupliquer ces premières opérations dans d’autres villes. Par sa souplesse, le principe des cloisons modulaires constitue une solution déclinable à un grand nombre d’autres espaces libres tout en étant adaptable en fonction des problématiques : l’urgence pour ceux qui n’ont plus rien comme le logement temporaire pour ceux qui ne peuvent accéder au marché de la location. De quoi espérer d’autres lendemains « en chantier » si l’on en juge les kilomètres carrés inoccupés dans les grandes agglomérations, et le nombre de ceux qui ont nécessité d’un toit.

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

Opération Grand Froid, gymnase à Toulouse : 22 personnes hébergées pendant 3 mois, soit 1980 nuitées. Budget d’investissement : 30 000 €.
Opération de colocation solidaire au Perreux-sur-Marne : 5 personnes logées pendant trois ans. Budget d’investissement : 5000 €.
Opération de logements temporaires à Paris : 28 à 33 places d’hébergement temporaire (dont 8 pour des personnes en situation de grande précarité), convention d’occupation pour 9 mois. Coût de l’opération : 450€ par mètre carré.