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Une johad parmi d’autres au Rajasthan.

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En Inde, la sécheresse progresse et les réponses de l’État – grands barrages, déplacements de population – semblent inadaptées. Rajendra Singh milite depuis des décennies pour une gestion locale et communautaire de l’eau. Sa solution: la johad, barrage rudimentaire, collectif… et millénaire.

Il est lauréat 2015 du Prix de l'Eau de Stockholm. Mais l’Indien Rajendra Singh n’est pas né de la dernière pluie : celui que l’on surnomme « Jal Purush », l’homme de l’eau, arpente depuis des lustres la planète pour alerter la communauté internationale. Selon cet ancien médecin, le stress hydrique en Inde n’est pas une fatalité. Cette conviction se fonde sur les travaux qu’il mène depuis trente-cinq ans au Rajasthan, grand État du nord-ouest de l’Inde qui connaît une pénurie d’eau dans les trois quarts de ses districts. Mais c’est aussi là que se trouve la réponse à ces sécheresses, toujours plus violentes : une solution locale, communautaire et surtout à la portée de tous. Son nom : la johad, une « innovation » surgie du passé.

Gestion locale et concertée de l’eau

Connu au Rajasthan depuis 1 500 ans, mais abandonné sous la domination britannique, ce barrage rudimentaire de pierre ou de glaise collecte les eaux de pluie ruisselantes. Ce bassin de rétention permet de recharger les nappes phréatiques et de reconstituer peu à peu les rivières. Le dispositif est rapide et facile à mettre en œuvre. Selon Patrick McCully, directeur de campagne de l’association International Rivers Network, « les johads ne coûtent  à construire que 100 roupies par habitant (environ 1,3 euro, le salaire moyen en Inde étant de 2 300 roupies). Une somme modique à comparer au projet de barrage Sardar Sarovar Dam, dont l’enveloppe globale de 300 milliards de roupies impose 100 fois plus chaque citoyen. » Autre avantage : la johad est construite et gérée de façon communautaire par les habitants. Elle permet dès lors une gestion locale et concertée de l’eau.

Faire essaimer ce succès local

« Il y a aujourd’hui plus de  11 000 johads dans la région, sur une superficie de 8  600  km²», se félicite fin 2015 Rajendra Singh. « Elles apportent l’eau à plus de 1  000 villages de la région », précise l’association de développement Tarun Bharat Sangh. Le succès est donc au rendez-vous. Et parce que les solutions techniques similaires peuvent émerger partout dans le monde, Singh apporte son conseil à qui le lui demande : particuliers, communautés, associations… Mais il ne relâche pas la pression sur les institutions. En 2017, il se rendra aux Nations unies à Genève pour faire reconnaître le droit à l'eau et l'accès à la nature pour tous. 

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Un autre type de Johad du Rajasthan, avec quelques chiffres.

Creative Commons Licence LRBurdak/Wikimedia Commons - Fabrice Jonckheere

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