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Riche d’un réseau de 400 familles et 15 entreprises, la coopérative El Arca est emblématique de l’effervescence de la province de Mendoza (Argentine) en matière d’innovations sociales…

Creative Commons Licence El Arca

Pour résister aux effets de la grave crise économique qui a plongé depuis 1998 en Argentine une grande partie des habitants dans la précarité, la province de Mendoza s’est muée en foyer d’expériences sociales innovantes : 200 000 des 1,7 million d’habitants de cette région frontalière du Chili travaillent aujourd’hui dans l’économie sociale et solidaire. Présentation de ce cas exemplaire, puis analyse par deux chercheuses de l’Université de Mendoza.

El Arca : décryptage d’un succès

Née en 2005, « L’Arche » (El Arca) s’emploie à bâtir des communautés de « prosommation » liant organiquement producteurs fragilisés et consommateurs responsables, supprimant ainsi les intermédiaires pour développer un système de commercialisation (artisanat, agriculture, services) durable et équitable. Acteur du développement local, la coopérative est riche d’un réseau de 400 familles, 15 entreprises, 10 associations, 3 universités et 5 institutions publiques. Cette expérience est exemplaire de ce qui se passe dans la région de Mendoza, la plus avancée du pays en matière de développement durable. Elle est notamment le siège de Valos, un groupement d’entreprises engagées dans des politiques de RSE (Responsabilité sociale d’entreprise), très impliqué dans le développement local de la province de Mendoza, qui s’est dotée en 2012 d’une loi sur l’économie sociale et solidaire.

En plus de programmes d’éducation et de formation (en partenariat avec Ashoka, réseau international de soutien à l’entrepreneuriat social innovant), El Arca développe des réseaux d’échanges de proximité. De petits agriculteurs peuvent écouler au meilleur prix leur production. Des femmes confectionnent des vêtements professionnels sur mesure, assurant un service de qualité qui fidélise les entreprises. Et, dans cette même logique vertueuse, une chaîne de restaurants réputée a investi du capital avec les petits producteurs d’El Arca (tomates, oignons, ail, épices), les formant à la préparation de sauces de bonne qualité pour fournir en retour les restaurants à bon prix. Le succès d’El Arca a conduit à la création de branches dans les provinces argentines de Córdoba et Neuquén. Et inspire d’autres initiatives ailleurs en Amérique latine.

Mendoza : un modèle argentin ?

En introduction de leur communication sur l’expérience de El Arca lors du colloque international sur l’économie sociale et solidaire, tenu en avril 2015 à l’université de Mendoza, les chercheuses Gloria Maffet et Annie Sinda résument :

« En Argentine, dès le début des années 2000, des initiatives d’économie populaire, fondées sur la mobilisation de ressources locales, se sont multipliées, souvent en marge des circuits dits formels et en résistance ou en alternative aux politiques néolibérales. Les mouvements sociaux en réaction à la pauvreté et l’exclusion, effets induits de la crise économique, animés par des citoyens chômeurs ou militants, ont donné un essor aux activités d'ESS basées sur des pratiques de coopérativisme et de mutualisme enracinées depuis la fin du XIXe siècle. Les systèmes d’échange (trueques), les reprises d’entreprises par les travailleurs (recuperadas), par exemple, ont connu un essor remarquable et se sont révélés être plus qu’une réponse transitoire au chômage qui touchait alors le pays. Aujourd’hui, il y existe plus de 200 entreprises autogérées, qui emploient plus de 10 000 personnes. Les initiatives citoyennes et les pratiques comme l’autogestion, la production responsable, l’autoconstruction de l’habitat, la récupération et le recyclage des déchets, l’amélioration collective des conditions de vie, l’utilisation de monnaies sociales... se répandent de telle sorte que l’ESS commence à prendre des parts de marché aux activités privées et publiques. Qui plus est, ces expériences sont encouragées par de nombreux acteurs institutionnels (gouvernements provinciaux, municipaux, ONG, universités) et par des organisations de la société civile. Ces pratiques d’ESS, au-delà de satisfaire des besoins non couverts, ni par l’État ni par le marché, devraient permettre de transformer les modèles de consommation sur les principes du “buen vivir” (bien vivre), le consommateur devenant alors acteur. Ainsi, l’ESS est l’un des principaux facteurs de développement du pays, avec notamment la création par le ministère du Développement social d’un Institut national de l’associationnisme et de l’économie sociale. Elle a permis de générer plus d’un million d’emplois, dont 600 000 grâce au coopérativisme, et a produit 10 % du PIB en 2011. Au niveau national, l’ESS concerne 14 millions de personnes. Au niveau de la province de Mendoza, en 2013, on dénombrait environ 200 000 personnes, producteurs, consommateurs, membres de coopératives, qui travaillent dans l’ESS. »

Pour en savoir plus

Quelques données en plus: 

El Arca, ce sont 400 familles, 15 entreprises, 10 associations, 3 universités et 5 institutions publiques